Economies d'eau, les techniques innovantes

Table ronde organisée par la Vigie de l'eau le 11 octobre 2016 au Planétarium d'Epinal.

L'eau potable devient une denrée de plus en plus rare et donc de plus en plus chère. Il est donc urgent d'envisager de réelles solutions pour économiser cette eau au quotidien. Quels sont les différents moyens mis actuellement en place pour faire des économies d'eau à l'échelle d'un ménage ou d'une entrprise? Quel est le coût de ces économies d'eau? De vraies économies financières sont-elles envisageables en économisant l'eau? De nombreux questionnements planent sur le sujet, d'où cette table ronde durant laquelle différents experts, associations, et chercheurs étaient présents. Ils ont tenté de répondre à un maximum d'interrogations sur le sujet, et dont nous avons reportés les paroles dans les paragraphes qui suivent.
 
Cette table ronde a été réalisée avec le concours financier de l'AERM, du Conseil Départemental des Vosges, et de la région Grand Est.
 

Y a-t-il une difficulté de nos jours en France par rapport à la quantité d'eau ?

 
En France nos réserves d'eau sont importantes, mais la répartition sur le territoire est inégale. Le département des Vosges est une zone de France où on ne manque pas d’eau. De plus, nous avons une perte de population sur la région ainsi qu'une consommation d'eau en baisse chez les habitants. Sur Epinal, par exemple, la consommation s'élevait à 12 000 m3 par jour il y a 20 ans alors qu’aujourd’hui nous sommes à 7 500 m3/j. Cela s'explique par une diminution de la population, un travail sur la baisse des consommations, mais aussi par l'évolution de l’efficacité des appareils électroménagers.
(Propos recueillis auprès de Jean-Marc Vauthier et Walter Meyer)
 

Comment traquer les fuites sur le réseau d'eau potable ?

En France les collectivités ont pour objectif un rendement à hauteur de 85 % sur leur réseau d'eau potable. A ce jour nous sommes en moyenne entre 70 et 80 %. Rechercher les fuites sur le réseau est donc essentiel pour limiter les pertes et augmenter le rendement !
NB : on distingue l'eau perdue de l'eau de service (qui est utilisée mais pas perdue : par exemple l'eau des poteaux incendie)
 
Il existe plusieurs méthodes pour détecter une fuite sur une canalisation mais toutes sont basées sur le bruit. En effet, une fuite fait du bruit ! La recherche de fuites se fait entre 2h et 4h du matin, quand la consommation est la plus faible et le bruit moindre.
 
Pour des canalisations en fonte, on émet un bruit grâce à un premier capteur qui est reçu sur un second. Si le signal reçu n'est pas le même que celui émis, cela signifie que nous sommes en présence d'une fuite. Cette écoute au sol peut être ponctuelle ou le réseau peut être équipé de capteurs (comme à Remiremont).
Pour les conduites en PVC et PET, on recherche les fuites avec un gaz traceur (Hélium) et on écoute le bruit que fait le gaz en s’échappant.
Il existe également, pour les canalisations de diamètre supérieur à 30 cm, la détection grâce à la « smartball », une balle en mousse dotées de capteurs de bruit.
 
 
(Propos et images recueillis auprès de Walter Meyer)
 

Connaissez vous votre consommation d'eau ?

Une famille de 4 personnes consomme entre 120 et 150 m3 d'eau par an !
 
 
(Propos et images recueillis auprès de Laura Ducassé)
 

Et si on attrapait le brouillard ?

L’agriculture est un secteur très consommateur d’eau. Mais dans certaines régions l’approvisionnement en eau est un problème. Des techniques simples existent cependant, comme le filet attrape-brouillard qui peut collecter de 25 à 35 L/m2/jour d’eau. Les filets coûtent environ 30 cts le mètre carré.

Visionnez le court-métrage de Des Ailes pour Science sur les filets attrape-brouillard : "Chili, l'or bleu venu du ciel"

Ce dispositif connait tout de même une limite, car si les filets sont installés dans une agglomération l'eau peut être très polluée. Mais dans des régions de bord d’océan ou de montagne où l’air est plus pur, c’est très intéressant.

Alain GIODA, chercheur à l’IRD (Institut de Recherche et de Développement), travaille sur les nouvelles technologies environnementales. Il a travaillé sur le sujet des filets attrape-brouillard et cherche à améliorer cette technique...

L'eau dans l'espace ? Recyclons notre urine...!

Envoyer 1 kg dans l'espace coûte 20 000 €. Emporter 1 L d'eau dans l'espace coûte donc 20 000 € ! Sachant qu'un homme a besoin d'environ 1 000 L d'eau pour un voyage dans l'espace, la facture est énorme... Pour faire des économies, des techniques innovantes ont été développées par l'agence spatiale. Les astronautes ont besoin de boire de l'eau comme sur Terre, et ils doivent aller aux toilettes. La différence est que nous tirons la chasse d'eau pour faire partir nos déchets dans le réseau d'assainissement... dans l'espace cela n'existe pas !

Que fait-on alors des urines et des excréments dans l'espace ?

A l'époque des missions Apollo, l'urine était utilisée pour asperger le vaisseau afin de mieux pouvoir le suivre au radar !
Mais aujourd'hui, l'urine peut être recyclée ! En effet, l'urine est en majeure partie composée d'eau, alors pourquoi ne pas rendre l'urine potable ? Dans la station spatiale internationale, l’urine est filtrée par osmose inverse (filtration très fine) qui permet de séparer l’eau de l’urée. A ce stade l’eau est nettoyée de 80% des matières organiques et est potable. L’urée est quant à elle dégradée dans un bioréacteur pour être transformée en dioxyde de carbone et ammoniac, ammoniac converti en eau et en azote lors d’une réaction qui produit de l’électricité.
 
 
Ce procédé est utilisé sur Terre, par exemple au Lycée Al Anouar à Sidi Taïbi au Maroc depuis 2014. Un procédé de traitement d'eau par technique membranaire (nanofiltration) fonctionnant avec de l'électricité photovoltaïque a été installé pour produire de l’eau potable de manière autonome.
                      
                                                 Usine de traitement d'eau au Lycée Al Anouar
 
Info : Il existe un kit de traitement des urines et des selles pour le grand public : "L'Univers-selles" ! (plus d'infos à la fin de l'article).
 
(Propos et images recueillis auprès de Didier Mathieu)
 
 
 
Intervenants :
  • Laura DUCASSE - Conseillère info énergie à l’ALEC, agence locale de l’énergie et du climat d’Epinal-centre Vosges
  • Alain GIODA - Chercheur en hydrosciences à Montpellier et inventeur de filets de capture d’eau
  • Didier MATHIEU - Directeur du planétarium d’Epinal
  • Walter MEYER - Directeur technique Grand Est SUEZ
  • Jean-Marc VAUTHIER - Chef de service Moselle Amont et Meuse à l’Agence de l’eau Rhin Meuse
 
La table ronde était animée par Valéry DUBOIS, journaliste scientifique.
 
 

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