Les étangs lorrains

Dernière mise à jour le 3 décembre 2013

Pendant longtemps la tradition populaire se représentait les étangs comme des lieux maléfiques et dangereux. Aujourd’hui encore, les étangs sont trop souvent considérés comme des zones malsaines et inutiles. Or, il s’agit en fait d’espaces qui remplissent de multiples fonctions, que les chercheurs étudient et que les experts protègent.

L’étang, « petit, commun, méconnu » 

Etang de Lachaussée
CREN (Conservatoire des espaces naturels de Lorraine)
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(citation URAFPA : Unité de Recherche Animal et Fonctionnalités des Produits Animaux)

Par définition, un étang est une étendue d’eau stagnante, fermée et de faible profondeur.

Avec 80 000ha, la France est le pays européen qui possède la plus grande surface d’étangs vidangeables (c’est-à-dire, en gros, hors gravières et ballastières). On peut considérer que tous les étangs résultent plus ou moins de l’action humaine, souvent ancienne ; beaucoup remontent au Moyen-Âge.

En Lorraine, les étangs piscicoles occupent 7 200ha ; ils sont répartis principalement dans le pays des Étangs en Moselle et en Woëvre (Meuse) ; des étangs plus petits se trouvent dans le massif vosgien. La surface moyenne des étangs lorrains (10,1ha) est supérieure à la moyenne nationale (3,7ha) ; les deux plus grands sont l’étang de Lindre et l’étang de Lachaussée.  L’étang de Lindre, créé au 13e siècle, couvre une superficie de 622 hectares ; il est le plus grand des étangs piscicoles à carpes de France ; depuis 1976, il est propriété du département de la Moselle et est classé « espace naturel sensible ».

Les étangs, des espaces multifonctionnels

- Les étangs jouent un rôle hydraulique :

Ils stockent de l’eau, ce qui a pour effet de limiter les pics de crue ; en été ils constituent une zone où l’évaporation prédomine, contrairement aux zones terrestres et les fuites, très fréquentes dans les étangs lorrains, soutiennent les débits d’étiage.

- Un rôle  environnemental :

Les étangs retiennent globalement plus de sédiments qu’ils n’en relâchent lors des vidanges, généralement effectuées à l’automne. Depuis 2012, des recherches sont menées pour étudier le rôle de rétention, encore mal connu, que peuvent jouer les étangs par rapport aux divers contaminants.

- Des réservoirs de biodiversité :

Les étangs  offrent des habitats propices à de nombreuses espèces animales, oiseaux en tout premier lieu, invertébrés, mollusques et, de façon moindre, poissons, leurs populations étant contrôlées par l’homme. Une centaine d’espèces d’oiseaux présents en Lorraine dépendent fortement des étangs. Certaines espèces végétales protégées ne se trouvent que dans les zones humides aux abords des étangs.

- Des zones de loisirs :

Les étangs offrent un cadre propice à la pêche de loisir, la chasse, les activités nautiques et le tourisme vert.

- La pisciculture, une activité économique appelée à se développer :

La Lorraine produit 850 des 12 000 tonnes de poisson d’étang français, avec une proportion beaucoup plus faible de carpes et, à l’inverse nettement plus de poissons blancs (gardons, rotengles) ; cela est dû au fait que la production lorraine est destinée à l’alevinage et au rempoissonnement plus qu’à l’alimentation. On estime que la demande en produits aquacoles doublera en 20 ans. En Lorraine, seuls 10 pisciculteurs vivent de cette unique activité.

Cycle piscicole (d’après Damien Banas, URAFPA)
Rotengle (FLAC)

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- Un usage inattendu : la « ligne Maginot aquatique » :

Un ensemble de 6 étangs au Nord-Ouest de Sarralbe en Moselle (secteur de Puttelange-aux-Lacs) a été aménagé entre 1935 et 1940 pour constituer une barrière aquatique censée être infranchissable par les troupes allemandes ; la vallée pouvait être ennoyée en 36 heures. Ce sont aujourd’hui des étangs de loisir.

Une grande partie de ces fonctions ont fait l’objet en 2011 d’un séminaire organisé par la Filière lorraine d’aquaculture continentale (FLAC)

- Des étangs que l’on étudie, que l’on protège et que l’on restaure :


Etang d’Amel (CREN)
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Le Conservatoire d’Espaces Naturels de Lorraine (CREN Lorraine), l’Agence de l’eau Rhin-Meuse (AERM), les divers niveaux de collectivités territoriales, la Fédération lorraine d’aquaculture continentale (FLAC), l’Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA), la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL Lorraine) et plusieurs équipes de recherche œuvrent pour une meilleure connaissance et la préservation de ces espaces.

A titre d’exemple, l’étang du Moulin à Insviller est devenu un lieu de pisciculture extensive qui préserve les qualités écologiques du site et répond au cahier des charges de l’Agriculture Biologique, accompagné du développement d’activités pédagogiques et touristiques.

À La Bouzule à Champenoux, les chercheurs de l’URAFPA  cherchent à préciser les rôles de l’occupation des sols et la pression des pesticides sur le bassin versant de l’étang. Des campagnes d’échantillonnage sur les poissons, l’eau et les sédiments permettent d’analyser les xénobiotiques présents.

D’autres travaux ciblent plus précisément les différents services écosystémiques des étangs en région Lorraine.

Dans le cadre du programme CERCO, la Vigie de l’eau a pour mission de créer une application immersive sur l’étang.

Pour en savoir plus sur les recherches en cours

L’URAFPA

Le LIEC

Le projet Piscenlit