Vous avez dit « continuité écologique ? »

Le retour à la continuité écologique des cours d’eau fait partie des enjeux retenus par l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse, en vue de la révision du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux qui doit être effectuée pour 2015.

De quoi s’agit-il ?

Les espèces animales et végétales, comme l’homme, ont besoin de pouvoir se déplacer pour se nourrir, se reproduire, se reposer... et de façon générale assurer leur survie. Les changements climatiques en cours rendent cette nécessité encore plus impérieuse : pour survivre il faut pouvoir changer de territoire.

Le Grenelle de l’environnement (2007) a décidé de créer une « Trame verte et bleue » afin de lutter contre la fragmentation des espaces naturels et de permettre les échanges entre des réservoirs de biodiversité grâce à des corridors écologiques. La trame verte est la déclinaison terrestre de ces corridors, la trame bleue en est la déclinaison aquatique, l’ensemble garantissant la continuité écologique globale.

Quels sont les obstacles à la continuité écologique aquatique ?

Plus de 60000 obstacles divers ont été recensés sur les cours d’eau français ; il s’agit le plus souvent de constructions créées par les hommes à différentes époques pour faciliter la navigation, produire de l’énergie, irriguer, faire de la pisciculture... Les écluses, les successions de digues pour créer des étangs, les dérivations, les chutes d’eau, les berges abruptes bétonnées, les barrages ou seuils de plus faible hauteur… sont autant de sources de difficultés pour la vie animale et végétale…

Dans de nombreux cas, ces ouvrages sont vétustes et abandonnés mais ils modifient toujours l’écoulement de l’eau, le régime hydrologique et entravent la continuité écologique, c’est-à-dire de la libre circulation des organismes vivants et des sédiments.

En amont d’un seuil ou d’un barrage, l’existence d’un plan d’eau sur des distances plus ou moins longues entraîne une diminution du courant préjudiciable aux poissons d’eau vive et  une dégradation de la qualité de l’eau liée au réchauffement. L’écoulement des sédiments est ralenti provoquant des accumulations de dépôts.

 

Barrage et seuil de la centrale hydroélectrique de Charmes (88)
Crédit : C. Lorange, La Vigie de l'eau

Quelles mesures sont prévues ?

La directive eau européenne impose, d’ici à 2015, le retour à un bon état écologique des eaux sur 66% des rivières et fleuves français. Un état des lieux réalisé en 2009 indiquait qu’on avait tout juste atteint la proportion de 45%.

Pour faire disparaître 2000 ouvrages, un plan national pour la restauration de la continuité écologique des cours d’eau a été élaboré en 2009. L’ONEMA (Office national de l’Eau et des Milieux Aquatiques) et les agences de l’eau en sont les acteurs essentiels. Ce plan prévoit :

  • l’inventaire de tous les obstacles présents ;
  • la définition de priorités d’intervention en fonction des impacts écologiques ;
  • les actions de restauration à mener ;
  • l’évaluation des bénéfices environnementaux des mesures mises en œuvre.

Les résultats attendus sont :

  • pour les cours d’eau, le retour à un écoulement et à un régime hydrologique naturels et le rétablissement du transport des matériaux ;
  • pour les organismes vivants, des habitats redevenus accessibles et diversifiés grâce à l’alternance des profondeurs ;
  • pour les hommes, des activités facilitées ou redevenues possibles : pêche sportive, randonnée, loisirs aquatiques…

Quelques exemples de réalisations en Lorraine

Effacement hydraulique des ouvrages de l’ancienne minoterie d’Hatrize (54)

L’Orne est un affluent de la Moselle sur lequel existent de nombreux ouvrages.  L’effacement du seuil de l’ancien moulin d’Hatrize réalisé en 2011, a nécessité plusieurs opérations : la restauration d’une annexe hydraulique, le reprofilage de certaines berges, la suppression d’un déversoir, l’aménagement d’un bief.

Au final ces travaux ont permis de rééquilibrer les débits, en particulier en période d’étiage lorsque les débits sont faibles.

   

Avant/après effacement du seuil de l'ancien moulin à Hatrize

AERM / FERNANDEZ J.M.

Aménagement des seuils sur la Meuse médiane (55)

La Meuse est l’une des dernières rivières sauvages du bassin Rhin-Meuse. Sur un tronçon de 123 kilomètres, 34 seuils ont été identifiés et en 2010, 10 seuils prioritaires ont été définis car présentant des enjeux écologiques forts en particulier pour la flore, les oiseaux et les chauves-souris, l’anguille, le brochet…

Effacement d’un chapelet d’étangs sur la Bildmuehle (57)

Dix plans d’eau implantés en série empêchaient la libre circulation de la faune aquatique et retenaient le sable sur cette rivière située dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord. Les travaux, réalisés entre 2008 et 2010, ont concerné les 8 étangs qui appartenaient à l’ONF.

Il s’agissait de rétablir la continuité écologique pour les poissons et de restaurer leurs habitats, de limiter le réchauffement de l’eau en aval des étangs, de rétablir le transport sédimentaire, et de restaurer les frayères. Les étangs ont été supprimés en remontant de l’aval vers l’amont

Effacement d’un barrage sur le ruisseau de Ventron (88)

Un barrage très vétuste, construit au 19ème siècle pour alimenter une usine textile, bloquait la remontée des poissons dans le ruisseau, en amont de Cornimont. Les travaux ont été menés avec le soutien de l’association de pêche locale.

Ces travaux ont été importants : il a fallu évacuer un stock de sédiments, démanteler le barrage et consolider les berges pour limiter les risques d’érosion. Aujourd’hui, les truites ont recolonisé depuis la Moselotte, les frayères, à la grande satisfaction des pêcheurs.

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