Ces médicaments qui soignent et qui polluent

Dernière mise à jour le 25 octobre 2013

Nous consommons tous des médicaments et on en administre aussi aux animaux d’élevage. La France est le plus gros consommateur de médicaments en Europe.

Les résidus des substances pharmaceutiques polluent notre environnement de différentes manières et sont rejetés dans les milieux aquatiques par les eaux usées, les déjections humaines et animales… Ces molécules peuvent se retrouver aussi dans l’air ou dans le sol mais nous ne parlerons ici que de l’eau.

Quelle est la situation en France ? Quelles en sont les conséquences avérées ou potentielles ? Quelles sont les recherches menées ?

La contamination des eaux par les résidus médicamenteux

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail (ANSES) a conduit en 2009-2010 une campagne de mesure des substances pharmaceutiques dans les eaux. 75 % des eaux potables ne comportaient aucune substance quantifiable mais dans les 25% restants, la présence simultanée de plusieurs molécules était fréquente, les plus abondantes étant un antiépileptique et un anxiolytique. Dans les eaux brutes (c’est-à-dire avant traitement en usine), on retrouvait en outre du paracétamol, des anti-inflammatoires et de l’acide salicylique (métabolite de l’aspirine).

Une étude conduite sur les eaux de la Communauté Urbaine de Strasbourg a permis de quantifier
19 substances dont 5 dans les eaux souterraines, 4 médicamenteuses et 1 perturbateur endocrinien (le bisphénol A, plastifiant utilisé dans beaucoup de produits). L’acide salicylique (métabolite de l’aspirine), représente à lui seul 83% de la somme des teneurs mesurées mais c’est une substance qui existe aussi à l’état naturel.

Le cas des perturbateurs endocriniens

Un perturbateur endocrinien est une substance d’origine extérieure à un organisme et qui interfère avec le système hormonal, provoquant ainsi des effets nocifs. Des travaux scientifiques suggèrent que ces perturbations pourraient altérer les processus de reproduction, le développement, les défenses immunitaires, avoir des effets cancérogènes et provoquer des troubles métaboliques.

Le plus connu des perturbateurs endocriniens est le bisphénol A, mais il est loin d’être le seul.

De nombreuses inconnues

Beaucoup d’inconnues subsistent sur les modes d’action, de diffusion et les effets de toutes ces molécules. Il faut caractériser de façon plus fine la contamination des milieux et l'imprégnation réelle des populations animales et des humains. Ces substances agissent à « faible dose », la période d’exposition est plus importante que la dose elle-même. On ne sait donc pas ce qui se passera à long terme. Nos connaissances sont insuffisantes sur la manière dont ces substances souvent présentes simultanément interagissent entre elles, pouvant créer des « effets cocktails ».

Développer la recherche pour faire progresser les connaissances

A l’heure actuelle, l’objectif essentiel est donc de faire reculer les incertitudes pour mieux évaluer les risques.

Une question prise au sérieux

Un plan national de réduction des résidus médicamenteux dans les eaux (PNRM) a été lancé au printemps 2012. Il est co-présidé par les ministres en charge de la santé et de l’environnement et  l’ANSES y participe.

Un programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PNRPE) a été créé en 2005 avec, pour objectif fondamental, de soutenir la recherche en ce domaine. Des colloques rendent régulièrement compte des avancées de la recherche.

L’écotoxicologie, science  récente (vers 1970) étudie les interactions des substances chimiques avec l’environnement et leurs effets toxiques sur les organismes et les communautés.

Les bioindicateurs, des collaborateurs précieux pour les chercheurs

Gammare roeseli/femelle – E. Gismondi

Certains organismes aquatiques sont particulièrement sensibles aux molécules pharmaceutiques et sont utilisés par les chercheurs comme bioindicateurs, c’est-à-dire en quelque sorte comme des sentinelles de l’environnement. C’est le cas des gammares, petits crustacés d’eau douce, ou des diatomées, algues unicellulaires d’eau douce.                                

Plutôt prévenir que guérir

Le traitement des eaux usées coûte cher. Des procédés efficaces existent mais leur mise en œuvre est très onéreuse. L’accent est donc à mettre sur la prévention des rejets.

Une bonne résolution à la portée de chacun : ne pas jeter les médicaments mais les donner aux points de collecte qui existent ; Cyclamed collecte les médicaments non-utilisés, périmés ou non.

Les recherches en Lorraine

Le laboratoire d’Hydrologie de Nancy (Anses) est particulièrement impliqué dans les recherches sur les résidus médicamenteux et travaille en partenariat avec plusieurs équipes Inra. C’est aussi le cas du Laboratoire Interdisciplinaire des Environnements Continentaux nouvellement créé.

En conclusion

Il semble que, pour la santé humaine, les risques médicamenteux liés à l’eau potable soient très marginaux : les concentrations trouvées dans les eaux potables sont de 1 000 à un million de fois inférieures aux doses utilisées dans le cadre des doses thérapeutiques ; même en consommant de fortes quantités d’eau tout au long d’une vie on n’atteindrait généralement pas la dose contenue dans un comprimé. Cela ne signifie pas que le risque soit nul (effet des faibles doses et effet « cocktail ») ; le principe de précaution s’impose donc et l’effort de recherche doit s’accentuer.

Pour en savoir plus