Nitrates et pesticides… des pistes pour aller plus loin

Ce dossier est destiné à être enrichi au fil du temps ; si vous avez des suggestions ou des questions, envoyez-les à : contact@lavigiedeleau.eu

Pensez aussi à donner avant le 30 avril 2013 votre avis sur les enjeux de l’eau dans le cadre de la consultation lancée par les Agences de l’eau. Pour l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, cliquez ici

Une eau sans nitrates ni pesticides : un enjeu réaliste ?

Malgré une réglementation qui protège efficacement les consommateurs et de réels progrès, nitrates et pesticides sont encore présents en trop grande quantité dans nos eaux. La Cour des Comptes et le Conseil d’Etat viennent récemment de se pencher avec inquiétude sur le sujet. Plusieurs laboratoires lorrains mènent des recherches sur ces thèmes.

Mettre en œuvre de nouvelles pratiques agricoles pour diminuer la présence des nitrates

Culture intermédiaire de moutarde, entre blé et maïs : piège à nitrates.
CHAPOT Jean-Yves © Inra

Les nitrates présents dans l’eau proviennent des excédents de fertilisation azotée appliquée par les agriculteurs dans un souci d’augmentation de la productivité. Il faut donc trouver des solutions qui ne les pénalisent pas, tout en protégeant l’environnement et leur santé. Ces solutions existent. C’est en premier lieu la diminution des doses, le choix des dates d’apport ( selon la date l’utilisation des engrais par les plantes est plus ou moins efficace) et la couverture du sol en hiver par des plantes qui sont des « pièges à nitrates ».

Il existe aussi de plantes  qui fabriquent elles-mêmes leur azote grâce à une symbiose dans leurs racines et qui ne nécessitent donc pas d’apport d’engrais : les pois, les fèves, les luzernes, les trèfles, les lentilles, les haricots

Système racinaire d’un pieds de soja présentant de nombreux nodules fixateurs d’azote.
AVISSE Claude © Inra

Réduire l’utilisation des pesticides

Les pesticides, ou produits phytosanitaires,  se sont révélés très efficaces et fiables pour protéger les cultures. La France est le troisième consommateur mondial de pesticides. Or ces produits ont des impacts négatifs sur l’environnement, voire sur la santé humaine. De nombreuses molécules, comme l’atrazine, sont  aujourd’hui retirées du marché ; on retrouve dans l’eau essentiellement le glyphosate et son produit de dégradation l’AMPA qui est encore plus toxique. Des alternatives efficaces aux désherbants chimiques sont utilisées par certaines communes, mais globalement, il y a encore beaucoup à faire pour réduire l’utilisation des pesticides.

La Lorraine, une région qui agit de façon efficace

Deux actions exemplaires, parmi tout un ensemble :

Dès 1987, industriels de l’eau minérale, chercheurs de l’Inra et agriculteurs ont travaillé dans le cadre d’un programme pluridisciplinaire pour trouver de nouvelles pratiques agricoles garantissant la préservation de la qualité des eaux minérales de Vittel et Contrexéville . L’exemplarité de leurs résultats est unanimement reconnue ; la société Agrivair continue ce travail et  le diffuse dans d’autres régions.

La retenue d’Arnaville sur le Rupt-de-Mad, à partir de laquelle s’effectue l’alimentation en eau de l’agglomération de Metz.
© PnrL

Le Rupt de Mad, affluent de la Moselle, fournit 65 % de l’eau potable de l’agglomération de Metz. Dès 1995, les agriculteurs se sont mobilisés pour préserver la qualité  de son eau, et en 1997, un contrat de rivière a été signé. En moins de 10 ans les concentrations en nitrates sont passées de 25 à 30 milligrammes par litre à 15 milligrammes par litre, grâce à une action concertée dans le cadre de l’opération Agrimieux.

Nous sommes tous concernés

Il n’y a pas de danger à boire l’eau du robinet car les normes sont établies de façon Si les quantités de nitrates et pesticides que l’on retrouve dans l’eau sont surtout dues aux pratiques agricoles, les jardiniers amateurs doivent aussi faire des efforts et réfléchir davantage leurs pratiques. Qui n’a jamais eu la main un peu lourde dans l’application d’engrais ou de pesticides en pensant obtenir meilleur résultat ?

Les pesticides

Divers pesticides

Pesticides, produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques, c’est la même chose ! On trouve parmi ces produits des herbicides, des fongicides pour lutter contre les champignons pathogènes, des insecticides…

Les pesticides en Lorraine

En Lorraine, 90 % des pesticides utilisés le sont dans le cadre des activités agricoles, ce qui correspond à la situation française. Il faut cependant remarquer que l’utilisation par les collectivités et les particuliers comporte plus de risques car se faisant souvent, pour les particuliers, sans protection adaptée et en ne respectant pas les précautions préconisées alors que les agriculteurs se protègent mieux.

Rapportée à la surface agricole, la consommation lorraine est un peu moins importante que pour l’ensemble de la France ; la région en effet ne possède pratiquement pas de vignobles ni de cultures fruitières qui sont de gros consommateurs de pesticides ; les pesticides les plus utilisés dans la région sont des herbicides.

Les pesticides sont suivis dans les eaux depuis 1991. En 2008-2009, les phytosanitaires ou les molécules issues de leur dégradation étaient présents dans 96 % des eaux de surface et 30 % des eaux souterraines ; il s’agissait essentiellement d’herbicides.

Y a-t-il danger ?

Il est certain que les pesticides ne sont pas sans impact sur l’environnement et les hommes. Les écosystèmes aquatiques sont particulièrement touchés par la présence de pesticides. Ceux-ci peuvent provoquer des intoxications en cas de déversement important et semblent avoir des conséquences à long terme sur la reproduction des poissons. A l’heure actuelle on ne sait pas vraiment si ces dangers sont proportionnels aux doses utilisées ni quel est l’effet des faibles doses ; la recherche doit se poursuivre en ce sens...

Pour les hommes, des erreurs de dosage ou de manipulations peuvent ponctuellement se produire et entrainer des problèmes de santé. Il est plus difficile de savoir quelles peuvent être les conséquences à long terme de l’exposition à ces produits, en particulier pour des utilisateurs professionnels ; c’est l’un des enjeux des recherches menées.

Objectif : la protection

La Directive cadre sur l’eau de l’Union Européenne, édictée en 2009, prévoit de réduire de moitié l’usage des pesticides avant 2018. C’est en vue d’atteindre cet objectif que la France a élaboré le plan Ecophyto 2018.

La Fredon Lorraine (Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles) a lancé en 2011 une charte « jardiner en préservant sa santé et l’environnement » ; cette charte a été signée par 22 jardineries qui s’engagent à proposer aux jardiniers amateurs une démarche responsable et citoyenne dans l’utilisation des pesticides. Une brochure « Savoir jardiner au naturel » est téléchargeable. Des panneaux ont également été créés, soit pour les collectivités, soit pour les particuliers.

Un Groupe régional d’actions contre la pollution de l’eau en Lorraine (GRAPPE) a été créé en 2003 pour coordonner les activités sur ce thème ; il réunit plus de 30 acteurs concernés par la pollution des milieux aquatiques liée à l’utilisation des produits phytosanitaires. C’est ce groupe qui a réalisé une cartographie des pesticides dans les eaux en Lorraine.

Un point récent (octobre 2012) très complet «  Eau et pesticides, quoi de neuf ? » vient d’être réalisé sur ce sujet à l’initiative de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse ; les présentations sont consultables sur le site de l’AERM.

Les nitrates

Une situation qui a empiré dans les soixante dernières années

Epandage. © Inra

Les nitrates sont présents naturellement dans les sols et constituent quasiment la seule source d’alimentation des végétaux auxquels ils sont indispensables. Mais, en raison d’apports de lisiers et fumiers ou d’engrais, ils peuvent être présents en quantités plus importantes que celles qui sont nécessaires aux végétaux et diffuser dans les eaux qu’ils polluent.

Dans les 60 dernières années la présence de nitrates dans les sols et l’eau a constamment progressé , en lien avec le développement des rendements agricoles et le réchauffement climatique qui entraine une dégradation plus rapide de la matière organique des sols .

La moitié environ du territoire français est classée de ce point de vue en « zone vulnérable » par l’Office international de l’eau.

Une question complexe

Les mesures prises en vue de réduire les teneurs en nitrates créent une inquiétude chez beaucoup d’agriculteurs qui doivent envisager de nouveaux modes de conduite des cultures. Or, seul le changement des pratiques agricoles, couplé à une meilleure utilisation des déjections animales pour limiter les apports d’engrais, pourra permettre de faire baisser les teneurs en nitrates et les pollutions azotées.

Des mesures efficaces

Découvrez l’action menée dans le bassin de Vittel-Contrexéville :

Vue de Vittel. © La Vigie de l'eau

Recherches et travaux lorrains autour des pesticides et des nitrates

Piège à Nitrates. © Inra

Il est essentiel de mener des recherches à la fois  en vue de définir des pratiques alternatives, de trouver des substituts aux nitrates et pesticides et de cerner les impacts réels de ces produits pour l’homme et l’environnement.

Nitrates et pesticides font l’objet de thèmes de recherche pour les laboratoires faisant partie de la ZAM ( Zone atelier Moselle) avec,  en particulier,  les travaux des équipes ci-dessous  :

 

La DRAAF ( direction Régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt) met à disposition sur son site des informations et documents sur les thèmes nitrates et pesticides.

La Chambre Régionale d’Agriculture de Lorraine (CRAL) et les Chambres d’Agriculture des départements lorrains (CDA 54,55,57,88) :

  • mènent des actions visant à sensibiliser les agriculteurs aux changements de pratiques,
  • mènent les opérations volontaires Agri-Mieux,
  • construisent des plans d’action dans les captages menacés,
  • élaborent des références liant pratiques agricoles et qualités des eaux.

Dans le cadre de la grande région LORLUX, un réseau transfrontalier de recherche pour la protection des ressources en eau vient d’être créé en 2012 ; il regroupe 14 laboratoires lorrains et 3 centres de recherche luxembourgeois. L’un des axes de travail concerne nitrates et pesticides.

Documentation